À quoi ressembleront les employés de bureau dans 20 ans ?

Sans un changement radical des comportements et des conditions de travail, les salariés européens pourraient d’ici une vingtaine d’années souffrir de pathologies de plus en plus visibles et invalidantes. C’est en tout cas le scénario alarmant que dresse une étude dévoilée aujourd’hui par Fellowes, fabricant d’équipements ergonomiques pour le bureau. 

On sait qu’elle s’appelle Emma, qu’elle vit et travaille en Europe. Difficile en revanche de lui donner un âge : probablement une quarantaine d’années même si son physique la fait sans doute paraître plus vieille qu’elle ne l’est en réalité. Il faut dire que son bulletin de santé est plutôt chargé. Après vingt ans d’activités professionnelles, Emma cumule les problèmes. En plus de son dos voûté, elle souffre d’eczéma causé par le stress et de varices liées à une mauvaise circulation sanguine. Comme des milliers de travailleurs tertiaires, elle est victime de sa sédentarité : elle a pris du poids, ressent des raideurs dans les jambes et ses yeux sont secs et rouges après des heures passées devant les écrans. Quant à ses poignets et ses chevilles, ils ont enflé en raison de mouvements trop répétitifs. Et pour compléter le tableau, ses oreilles comme son nez montrent une pilosité excessive en raison de la mauvaise qualité de l’air de ses bureaux. Vous l’aurez compris, Emma n’existe pas ou du moins pas encore. Pour l’heure, ce n’est qu’un personnage fictif qui illustre les changements physiques auxquels nous serions confrontés d’ici 2040 si nos comportements et nos bureaux ne changent pas.

« Des problèmes aussi graves qu’au temps de la révolution industrielle »
Ce modèle grandeur nature est le fruit d’un travail confié par Fellowes, fabricant américain d’équipements de travail ergonomiques, à William Higham, expert des comportements du futur, associé un groupe d’ergonomes européens. Ensemble, ils viennent de publier un rapport, « Le collègue du futur », dans lequel ils étudient les conséquences à long terme des environnements de travail sur la santé des salariés. Et leurs conclusions sont inquiétantes. « Si nous n’apportons pas des changements radicaux à notre vie professionnelle, tels que le fait de bouger davantage, d’améliorer notre posture au bureau, de prendre régulièrement des pauses pour marcher ou améliorer l’aménagement de notre poste de travail, nos bureaux vont nous rendre très malades. Les employés vont souffrir à l’avenir de problèmes de santé aussi graves qu’au temps de la révolution industrielle », prédisent les experts.

Selon cette étude, 67 % des salariés français souffrent déjà d’un mal de dos, 59 % de maux de tête et 57 % de fatigue oculaire qui seraient directement liés à leur espace de travail. Malgré ces chiffres, les employeurs ne semblent pas encore avoir pris la mesure de l’enjeu. Parmi les salariés qui ont demandé l’amélioration de leur poste de travail, plus de la moitié (54 %) attend toujours une résolution et près de deux sur dix (15 %) affirment que leur direction n’a pas pris leur plainte au sérieux. Un constat qui confirme également les difficultés des ergonomes à se faire entendre dans les entreprises. De ce point de vue, la stratégie de communication de Fellowes pourrait se révéler bien plus efficace que les messages de sensibilisation habituels. On peut parier que l’image, certes caricaturale, de cette pauvre Emma incite les salariés comme les employeurs à se pencher davantage sur les équipements de leurs postes de travail.

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