Avis d’expert : Les possibilités de la lumière connectée

François Darsy
François Darsy est expert en « smart lighting » pour les marchés tertiaire, industrie et logistique chez Philips Lighting France.

Et si l’éclairage se connectait, permettant ainsi de collecter de nombreuses données pouvant s’avérer très utiles dans la vie et la gestion d’un bâtiment ? Explications avec François Darsy, de Philips Lighting France.


L’industrie de l’éclairage vit une révolution technologique liée à l’irruption de la technologie LED. La transition LED permet des gains très significatifs sur la consommation d’énergie (de 50 à 80 %), mais le changement des luminaires est aussi une opportunité de placer des luminaires connectés. Ces derniers deviennent un élément de réseau qui peut collecter des données sur l’usage de l’espace qu’il éclaire comme délivrer des services et de la connectivité aux usagers de cet espace. Ainsi, les entreprises peuvent à leur tour analyser, extraire et agréger ces données afin d’obtenir de nouvelles informations sur le fonctionnement des systèmes et l’activité des individus au sein des espaces éclairés. La grande innovation de ce système est qu’en éclairant un espace, on déploie en même temps un réseau informatique qui pourrait être l’ossature du futur bâtiment intelligent sur lequel viendront converger tous les usages et toutes les fonctions. L’éclairage étant par nature présent dans tous les espaces du bâtiment et de façon très dense et très homogène, il forme un réseau idéal !

Il est possible de moduler l’intensité lumineuse de nos luminaires pour qu’elle transporte des données comme cela est fait dans les fibres optiques.
Espaces connectés : des environnements optimisés

Des capteurs peuvent collecter des données sur l’activité humaine (circulation dans les pièces empruntées, habitudes d’utilisation, préférences), l’environnement (niveaux de lumière naturelle, température, humidité, présence de produits chimiques ou d’autres dangers), ainsi que d’autres types de données (consommation énergétique, emplacement des articles dans un entrepôt, habitudes de circulation…). Les systèmes d’éclairage connectés sont placés de manière à servir de plateformes aux réseaux de capteurs. En dotant le système d’éclairage de capteurs, on bénéficie d’une infrastructure idéale, évolutive et prête à l’emploi pour mettre à disposition les informations qui les concernent dans des formats de données standardisés accessibles à tout prestataire de service potentiel.
En termes d’usage, un système d’éclairage équipé d’un capteur de présence permettra par exemple d’éteindre les espaces non utilisés. Il est ensuite souhaitable de partager cette information avec les autres éléments techniques du bâtiment pour par exemple décider si un bureau doit être réchauffé ou refroidi permettant ainsi de réaliser des économies d’énergie plus importantes. Au-delà de la technique, on peut aussi partager cette information avec le prestataire de ménage pour qu’il puisse adapter sa tournée régulière dans le bâtiment en fonction de l’usage réel. À l’inverse, il est parfois nécessaire d’avoir recours à des ressources supplémentaires en cas d’usage intensif ponctuel. Cette seule optimisation a été évaluée à 1€/m²/an pour le bâtiment the Edge à Amsterdam, faisaint figure de pionner en la matière… Par ailleurs, la donnée d’occupation des espaces s’avère être un formidable outil de gestions des espaces.

Le bâtiment The Edge, à Amsterdam, intègre pas moins de 6 000 luminaires LED équipés de capteurs capables de détecter les mouvements, la température, etc.
Le bâtiment The Edge, à Amsterdam, intègre pas moins de 6 000 luminaires LED équipés de capteurs capables de détecter les mouvements, la température, etc.
Connecter les collaborateurs par la lumière

L’émergence de la technologie LED permet un autre cas d’usage totalement nouveau et disruptif : la transmission de données par la lumière. Sans entrer en détail dans la technologie du Li-Fi, il est possible de moduler l’intensité lumineuse de nos luminaires pour qu’elle transporte des données comme cela est fait dans les fibres optiques. Se connecter à Internet par la lumière nécessitera des équipements personnelsspécifiques qui n’existent pas encore. Pour autant avec nos appareils existants, il est d’ores et déjà possible d’utiliser les luminaires comme des balises lumineuses qui vont indiquer aux équipements mobiles leur position avec une précision inégalée (< 1 m). Cette technologie est appelée VLC pour Visible Light Communication et constitue un véritable GPS indoor sans infrastructure supplémentaire. D’une façon générale, la géolocalisation dans un bâtiment complexe va faciliter son usage pour tout le monde. Ce positionnement par la lumière va enfin permettre de construire toute une palette de services virtuels dans un contexte physique précis. Par exemple, si l’on pilote son éclairage ou son chauffage par smartphone, grâce à la géolocalisation, le système saura sur quels appareils agir. Cela va également servir aux prestataires extérieurs de services pour leur indiquer leur lieu d’intervention et suivre leur prestation dans le bâtiment. Enfin, la géolocalisation va guider les salariés les uns vers les autres ou vers les ressources disponibles (salles de réunion, etc…). Les modes de travails évoluent inéluctablement vers plus de mobilité, nous changeons régulièrement d’espaces de travail, il est donc important d’accompagner cette évolution avec des outils qui vont
faciliter la vie des collaborateurs.


DÉFINITIONS
Ne pas confondre

Le Li-Fi est une technologie de communication sans fil, basée sur l’utilisation de la lumière LED, qui permet la transmission de données numériques par la lumière. Plus rapide et plus sûr que le Wi-Fi, il utilise le spectre optique et permet d’accéder à Internet.

La technologie VLC (Visible Light Communication) permet quant à elle de se géolocaliser dans un espace fermé et d’obtenir des informations sur l’occupation des bureaux.

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