Les cinq tendances qui s’imposent

En passant en revue différents projets d’aménagement et en recueillant l’avis de spécialistes, Info Buro Mag a repéré cinq tendances fortes qui s’invitent dans les entreprises en matière d’aménagement d’espaces de travail. À vous de juger de leur pertinence à l’échelle de votre organisation.

Dans les bureaux du Bon Coin aménagé par Colliers International, on retrouve de nombreuses typologies d’espace plus ou moins formelles.

1.Multiplication des typologies d’espaces
Depuis plusieurs années, les structures multiplient leurs typologies d’espaces, afin de mieux les adapter aux usages des salariés. Une tendance qui s’explique en partie par les logiques d’agencement favorisant l’open-space et/ou les bureaux communs. Contraints de partager leur espace de travail, les salariés doivent néanmoins retrouver dans l’aménagement des moyens d’exercer leurs différentes activités. D’où la multiplication des espaces, qui s’articulent principalement autour de deux besoins du salarié diamétralement opposés : celui de se réunir et celui de s’isoler. En clair, il s’agit pour l’aménageur de mixer avec soin la concertation et la concentration ! Pour répondre à ces objectifs, directions de l’environnement de travail, aménageurs et fournisseurs de mobiliers de bureaux ne manquent généralement pas d’imagination. Besoin d’interagir avec ses collègues ? De nouveaux formats de salles de réunion ont fait leur apparition. De la réunion d’équipes ou celle au sommet, toutes les tailles cohabitent, que ce soit en version mobile, semi-ouvert, en dur, entièrement vitré… En périphérie des espaces de bureaux partagés, de petits espaces cohabitent : cabines téléphoniques individuelles, espaces fermés pour travailler en petit comité, salles de vidéo ou téléconférence. Se développent également des zones de confidentialité et d’intimité visant à se concentrer. Certaines entreprises et sièges sociaux se dotent même d’espaces dédiés au silence, voire de bibliothèques où l’on vient travailler sans son téléphone. Enfin, c’est l’ensemble des espaces de l’entreprise qui devient un espace de travail. Ainsi, des lieux autrefois dédiés à des usages précis deviennent multifonctionnels. C’est notamment le cas des espaces de pause-café et/ou espaces restauration (lire aussi p.62) mais aussi des espaces verts et même de certains halls d’accueil. On les dote pour cela des équipements et de la connectique nécessaire. Sans oublier de couvrir le tout avec un bon réseau Wifi !
La mobilité qu’exige la multiplication des espaces induit la mise en place d’une organisation plutôt stricte. En clair ? Il s’agit de mettre en place les moyens nécessaires (communication, formations, etc.) afin que chacun sache quel espace utiliser en fonction de ses besoins. Par ailleurs, des règles de vie en collectivité (dont on a parfois oublié le sens en travaillant à son poste individuel) doivent être remises au coeur des préoccupations. C’est notamment le cas pour les questions liées au bruit et au nettoyage de ces nouvelles typologies d’espaces communs !

2. Du collaboratif à tout va
Parallèlement à cet avènement de la mobilité du salarié, la notion de travail collaboratif est elle aussi devenue un leitmotiv. Les structures ont compris que cette manière de travail avait de nombreux intérêts et misent ainsi sur l’intelligence collective. L’intégration de modes de travail collaboratif au sein de l’entreprise nécessite des agencements spécifiques. Ainsi, il peut se faire par l’apport d’espaces dédiés, qui permettent la tenue de réunions informelles ou d’évènements de type « brainstorming » favorisant la création et l’émergence de nouvelles idées. Parfois, ces espaces sont laissés volontairement vides, mais ils peuvent aussi s’organiser autour de mobiliers qui permettent de moduler rapidement l’espace : panneaux et mobiliers de bureaux roulants, cloisons ou murs sur lesquels on peut écrire… Et surtout, les équipements high tech se démocratisent : systèmes de réservation de salles simples et intuitifs, applications pour demander un équipement spécifique ou une intervention en cas de problème, installations plug and play pour des visioconférences simplifiées, grands écrans et autres smartboards numériques offrent à tous de meilleures conditions pour travailler ensemble, y compris à distance.

De l’espace ouvert informel aux bulles d’intimité, différents aménagements voient le jour pour concilier les besoins de communication et de concentration des salariés.

3.Un mobilier modulaire
l’ergonomie semble la conséquence logique des deux premiers points évoqués. La diversification croissante des phases qui composent la journée de travail oblige les agenceurs et les fabricants de mobiliers à s’interroger sur leurs solutions en proposant du mobilier à la fois novateur, évolutif, modulaire et intégrant de la technologie… Le tout sans contrevenir aux principes simples de l’ergonomie du poste de travail. Les gammes des fabricants évoluent ainsi vers des aménagements polyvalents, multipliant les types de postures (postes assis-debout, tables basses, tabourets, canapés…) et surtout, ils proposent des solutions totalement modulables. Prenons l’exemple de la gamme Softwork de chez Majencia : des parois amovibles acoustiques s’assemblent à des assises permettant différentes postures du dos (droit ou position allongée) et à des surfaces horizontales déclinées du plan de travail à la simple tablette d’appoint. Des aménagements protéiformes que l’on retrouve également chez Kinnarps, Sokoa, avec sa gamme Mendi ou encore la Manufacture du Design avec sa gamme Batad et bien d’autres encore. En incitant le salarié à s’approprier de nouveaux espaces de travail, l’entreprise s’est implicitement engagée à lui fournir de nouveaux outils de travail ergonomiques, adaptés aux nouvelles technologies et aux nouvelles postures. Si les salariés acceptent de s’installer dans l’espace pause-café pour une vidéoconférence, encore faut-il que l’orientation de l’écran soit bonne et à hauteur du regard. Quant à la question de l’acoustique, celle-ci est plus sensible. « La multiplication des espaces a crée dans de nombreuses structures des conflits autour du bruit. La réaction des services généraux est alors d’ajuster après coup avec des panneaux acoustiques, mais cela arrive trop tard. L’acoustique se pense au niveau du bâti, en même temps que la climatisation ou l’éclairage », ajoute Clément Grangé, consultant en ergonomie de produit chez FCBA. La mobilité du salarié aura en tout cas participé à (re)mettre sur le devant de la scène les risques liés à la sédentarisation des individus travaillant dans le tertiaire. S’il est parfois difficile (et coûteux) d’aménager des postes de travail en assis-debout modulables (le salarié peut alors alterner en quelques secondes les deux postures au cours de sa journée), certaines entreprises installent quelques stations de travail debout en dehors des bureaux partagés : dans des espaces mixtes et informels ou encore dans les lieux de passage. Un mobilier qui peut également équiper des salles de réunion : le système debout est un moyen reconnu pour dynamiser et créer des échanges différents, car le corps ne s’exprime pas de la même manière. De plus, il reste efficace pour limiter dans le temps la durée de la réunion ! Vous l’aurez compris, l’ergonomie du poste de travail s’envisage aujourd’hui de manière connectée, en mobilité et en collaboratif.

4.Disparition des frontières
À l’heure où de nombreux experts mettent en garde contre le phénomène de « blurring » (ou l’effacement des frontières entre vie privée et vie professionnelle), les entreprises cassent les codes de l’aménagement de bureaux en introduisant de plus en plus d’éléments issus d’autres univers. Ainsi, on retrouve dans la plupart des aménagements récents des ambiances, revêtements et autres mobiliers empruntés à l’habitat, l’hôtellerie ou encore la restauration.
Les salariés évoluent ainsi dans des décors rappelant tantôt l’univers du café-bar, tantôt les lounges, tantôt son propre salon… Un esprit souvent « cocooning » imprègne les catalogues des fabricants. Matières, couleurs, assises ultra confortables : le mobilier tertiaire n’a parfois plus rien à envier à celui des grands noms de l’habitat. Une manière aussi pour l’entreprise de soigner son image à l’extérieur. Pour elle, il s’agit avant tout d’attirer et de fidéliser ses salariés, tout en cherchant à les « inspirer ». Une décision réfléchie, d’autant que les nouvelles générations de salariés ne recherchent plus seulement un salaire ou un statut social, mais des expériences diverses et des projets porteurs de valeurs et de sens. C’est aussi dans cet esprit que l’on voit se multiplier les salles de jeux et autres coins billard et baby foot il y a quelques années déjà. En effet, le ludique s’est également fait une place dans les bureaux. « Aujourd’hui, nos espaces de bureaux doivent allier l’esprit d’Haussmann à celui du club Med », prophétisait Jean Viard, sociologue et directeur de recherche au CNRS lors d’une conférence organisée par l’Observatoire de l’immobilier en juillet 2014. C’est ainsi que de nombreuses structures ont choisi d’aménager certains espaces autour des codes du loisir. Le mobilier invite ici le salarié à se détendre et à s’amuser. Au-delà de l’agencement, la notion de jeu devient même chez certains une méthode de management. C’est le cas chez AOS France, où il est courant d’organiser des sessions de travail autour de serious game, de jeux de rôle, de plateaux ou de legos. Méfions-nous tout de même de l’aspect illusoire de l’aménagement en tant que solution idéale pour générer du bienêtre. N’oublions pas que la qualité de vie au travail est avant tout une question de management ! D’ailleurs, certains choix trop marqués en matière d’agencement peuvent s’avérer contre-productifs. « Certains espaces peuvent parfois souffrir d’un esprit trop jeune, trop relax, en opposition avec les valeurs de l’entreprise ou son histoire », confirme Nicolas Maugery, fondateur de l’agence ’architecture Yad Initiative. Dans ce cas, ces espaces risquent fort de se retrouver désertés.

Espaces verts extérieurs, lumière naturelle, vue sur le paysage : autant d’éléments qui permettent de se déconnecter. L’observation de la nature, par essence relaxante, est désormais utilisée par les entreprises pour apaiser les salariés.

5.Nature inspirante
L’écologie a fait son entrée dans les bureaux. Les bâtiments labellisés se multiplient et côté aménagement, on découvre de plus en plus de projets introduisant des matériaux et mobiliers durables, voire issus de l’up-cycling. Pas supplémentaire dans ce sens, quelques entreprises tendent désormais à proposer des aménagements biophiliques. Il faut dire qu’avec 75 % d’urbains à l’horizon 2050, le rapport des citadins au vivant est vital. Tant de surfaces intérieures et extérieures restent à aménager et à animer ! Et les entreprises l’ont compris d’autant plus aisément que des études scientifiques ont établi que l’accès à la lumière du jour et la vue sur l’extérieur ont une incidence forte sur l’humeur, la motivation… et la productivité des salariés. Deux articles du Code du travail (article R 4213-2/3 et article R 4223-6) réglementent d’ailleurs cet accès à la lumière naturelle dans les espaces de bureaux. Si la réglementation n’a pour l’heure rien prévu pour quantifier la bonne « dose » de nature à fournir aux salariés, de nombreuses structures installées en cadre urbain ont compris les bénéfices qu’elles pouvaient tirer d’un environnement de travail, prévoyant des plantes vertes voire l’accès à des patios, balcons, jardins ou bassins ! En plus de l’introduction de matériaux naturels, de mobiliers up-cyclés, etc., régulièrement, des projets de potagers s’organisent, comme sur les toits de l’éco-campus d’Orange à Chatillon, qui abrite également des ruches. À la Défense, à l’intérieur de la tour Carpe Diem, la coopérative agricole In Vivo a choisi de mettre en place des potagers indoor et de faire participer les salariés à leur culture. Chez Bouygues Construction, des bureaux fertiles abrités et chauffés, concentrent des espaces de réunion et des lieux de pause permettant aux salariés de travailler, dans une atmosphère plus sereine. Au siège du Crédit Agricole de Montrouge, le choix s’est porté sur des jardins extérieurs d’inspiration japonaise visant à déconnecter complétement le salarié, qui peut ici se reposer et tout simplement se balader. Des moments de déconnexion qui peuvent aussi jouer un rôle de garde-fous face à un environnement de travail toujours plus connecté.

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