Coronavirus : bientôt des caméras thermiques dans les bureaux ?

©MyConnect

C’est l’une des solutions évoquées par plusieurs grandes entreprises à l’international. L’utilisation des caméras thermiques afin d’accélérer le dépistage des travailleurs fiévreux, potentiellement porteurs du coronavirus, commence à se développer. Le 18 avril, Amazon a annoncé avoir récemment installé ce dispositif dans ses entrepôts américains. Les caméras analysent la quantité de chaleur émise par les salariés par rapport à leur environnement lorsqu’ils entrent dans l’entreprise. Si celle-ci est supérieure à 38°C, leur température est prise par un thermomètre frontal, plus précis. Le deuxième plus grand employeur des États-Unis espère ainsi pouvoir poursuivre son activité. D’autres grands groupes à l’image d’Intel ou du géant agroalimentaire américain Tyson Foods étudient également cette technologie.

Des entreprises françaises convaincues

En France, Renault, selon un protocole sanitaire dévoilé par la CFDT du site de Flins,  devrait prochainement installer des caméras thermiques à l’entrée de ses sites industriels. L’intérêt des employeurs français pour cette technologie encourage certaines sociétés du secteur comme MyConnect à adapter leur offre. La TPE située à Mudaison, dans l’Hérault, travaille depuis six ans en collaboration avec un fabricant de caméras dans le but d’y intégrer des algorithmes d’intelligence artificielle. Spécialisée dans la vidéosurveillance, l’entreprise a reçu de nombreuses demandes de clients suggérant d’adapter les caméras à la prise de température à distance. « Nos caméras thermiques mesurent la température sur 21 points au niveau du visage et des yeux, explique Raphaël Marino, fondateur de MyConnect. Ce fonctionnement assure une précision thermographique de l’ordre de 5/10ème de degrés. »  Si la requête a en premier lieu émané d’un hôpital pour enfants, elle n’a pas tardé à se généraliser. « Les établissements de santé : cliniques, hôpitaux et Ehpad, représentent 10% de nos demandes, tandis que 90% émanent d’industriels et d’entreprises de toutes tailles. » Deux types de clients se montrent intéressés par la technologie. D’une part ceux qui ont poursuivi leur activité malgré la crise sanitaire comme les groupes industriels de l’énergie ou de l’alimentaire. D’autre part, ceux qui se préparent au déconfinement en investissant dans ce type d’équipement.

Un encadrement législatif à ne pas négliger

Si positionner une caméra thermique à l’entrée des bureaux afin d’en filtrer l’entrée est autorisé dans certains pays à l’image des États-Unis, Héloïse Ayrault met toutefois en garde les employeurs français. L’avocate associée en charge du département de droit social au sein du cabinet Eseïs Avocats, le rappelle : « En France, la prise de température systématique des salariés à l’entrée de l’entreprise est, par principe, interdite. Toutefois, dans la situation d’état d’urgence actuelle, de nombreux employeurs vont prendre le risque d’installer une caméra thermique par crainte de défaillir à leur responsabilité pénale face aux accidents du travail, aux maladies professionnelles et aux fautes inexcusables. » Dans ce cas, la mise en place de ce dispositif doit respecter un certain nombre de règles.Obtenir l’accord des salariés et en informer la médecine du travail ainsi que les élus du CSE sont des prérequis incontournables. Il est, par ailleurs, interdit de conserver les données collectées : toute prise de température doit être effacée. Enfin, Héloïse Ayrault insiste sur le fait que « chaque salarié qui est renvoyé chez lui par son employeur au motif d’une température élevée est en droit d’exiger le maintien de son salaire. »

Le fondateur de MyConnect imagine quant à lui un avenir où les caméras thermiques feront sans doute partie intégrante de l’entreprise. « Suite à la crise sanitaire, les process d’hygiènes seront certainement plus pointus dans le monde professionnel, avance-t-il. Nous continuerons à répondre aux besoins de nos clients en caméra thermique tant qu’ils nous le demanderont. » L’entreprise a d’ailleurs mis au point une nouvelle technologie : ses caméras pourront désormais détecter le port du masque et déclencher une alerte si cette obligation n’est pas respectée.

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