Covid-19 : les femmes davantage pénalisées par le télétravail

© Christin Hume
Une enquête du Boston Consulting Group (BCG) lève le voile sur les inégalités entre les femmes et les hommes face au télétravail. Des disparités dont les entreprises risquent d’avoir à payer les conséquences.

Un an après le début de la crise sanitaire, le télétravail généralisé continue de montrer ses limites. Effacement des frontières entre vie personnelle et professionnelle, fatigue, anxiété, risques de décrochage et d’isolement : le mal-être monte chez les salariés contraints de rester chez eux. Si une majorité de télétravailleurs sont aujourd’hui concernés par ces problématiques, ce sont toutefois les femmes qui semblent le plus affectées par le bouleversement de leurs conditions de travail. Un constat que révèle une récente étude du Boston Consulting Group (BCG) menée entre fin janvier et début février 2021, auprès de 2002 salariés français – dont 50 % de femmes – issus d’entreprises de toutes tailles du secteur privé et public.

Selon cette enquête, seules 60 % des femmes travaillant dans le secteur privé ont confiance en leur avenir professionnel. C’est 15% de moins que les hommes. Une moindre confiance qui s’expliquerait en partie par le fait qu’elles ont moins réussi à tirer leur épingle du jeu sur le plan des interactions professionnelles durant la crise : seulement 22% d’entre elles en ont profité pour davantage prendre la parole en réunion (contre 31% des hommes) et seulement 27% pour entretenir leur réseau (contre 31% des hommes).

Le télétravail, facteur d’inégalités

Cette disparité aurait également pour cause le télétravail : sa généralisation a eu pour effet d’accentuer les inégalités au bien en termes d’équilibre de vie que de conditions de travail. Par rapport à leurs collègues masculins, elles sont ainsi 1,3 fois moins nombreuses à disposer d’un espace isolé (62% contre 71% des hommes). Par ailleurs, les femmes ont 1,5 fois plus de risques d’être fréquemment interrompues lorsqu’elles travaillent à leur domicile (28% contre 19% pour les hommes).

Si l’étude montre que les hommes s’investissent davantage à la maison depuis la crise, les femmes déclarent quant à elle en faire toujours plus, qu’il s’agisse des corvées domestiques ou de l’encadrement scolaire des enfants. On est donc encore loin d’une réparation plus égalitaire des tâches, d’autant que la situation de départ était très déséquilibrée : trier le linge et lancer une lessive, par exemple, restait en 2018 une tâche effectuée avant tout effectuée par les femmes (83%) tout comme laver les sanitaires (78%).

Sentiment de culpabilité

Autre réalité mise en évidence par cette étude : le poids des injonctions sociales qui pèse davantage sur les salariées qui travaillent depuis leur domicile : elles sont 1,4 fois plus nombreuses que les hommes à estimer qu’elles ne sont pas assez disponibles pour leurs enfants (21% contre 15% des pères).

Conséquence de cette difficile conciliation entre vie professionnelle et personnelle, les femmes sont 1,3 fois plus susceptibles d’être en situation d’anxiété que les hommes (66% des femmes contre 50% des hommes), y compris pour les cas d’anxiété sévère (16% des femmes contre 12% des hommes).

À l’heure du « retour à la normale », les entreprises pourraient rapidement être confrontées aux contrecoups de cette situation. Parmi les femmes qui ont réduit leurs horaires avec la crise sanitaire, 57% appréhendent un retour aux horaires d’avant crise, contre 40% des hommes. Elles sont même 14 % à ne pas l’envisager du tout (contre 11% des hommes).

« La charge mentale est l’une des conséquences sans précédent de cette réorganisation du travail », soulignent les auteurs étude qui appellent « à une prise de conscience forte aussi bien au niveau des entreprises qu’au niveau sociétal afin de prévenir les risques psychosociaux et de décrochages professionnels, particulièrement des talents féminins ».

 

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