Dossier : comment obtenir le juste éclairage ?

L’éclairage est un élément central du bien-être au travail, au même titre que l’acoustique, le chauffage ou l’ergonomie d’un poste de travail. Pourtant, celui-ci est souvent mal considéré dans les espaces de bureau. Pourquoi une telle situation ? Existent-ils des solutions pour y remédier ? Voici des pistes de réflexion.

Céline Cadiou


Avec un rythme de rénovation lent (moins de 3 % par an selon l’Ademe), le parc d’éclairage français est plutôt en mauvais état comparé à celui d’autres pays européens, comme l’Allemagne et les pays du Nord. Un état des lieux confirmé par les résultats de l’étude publiée en octobre dernier par le Ceren (l’Observatoire statistique de la demande en énergie) intitulée « l’éclairage dans les bâtiments de bureaux en France métropolitaine », qui souligne que les lampes fluorescentes représenteraient encore 82 % du parc de lampes (soit 75 % des consommations) tandis que les lampes Led, largement moins énergivores, n’équiperaient pour l’heure que 10% des espaces tertiaires. Afin de diviser la consommation électrique par deux, l’étude avance qu’il faudrait rénover 80 % des surfaces de bureaux et open space (soit 103 millions de m²) ! Mais outre la question de la facture énergétique induite par l’éclairage (et son impact environnemental), il convient de se questionner sur sa qualité. Or, les conclusions du Ceren ne sont guère plus réjouissantes à ce niveau puisqu’elles révèlent que 70 % des postes de travail n’atteindraient pas le niveau minimal requis d’éclairement (mesuré en lux) préconisé à la fois par le Code du travail (article R.4223-4) et par la norme européenne NF EN 12464. Cette norme fixe par exemple un niveau minimal d’éclairement au-dessus du poste de bureau de 500 lux pour un travail nécessitant l’usage du papier. Or, 25 à 30 % des postes de travail n’atteindrait même pas un niveau d’éclairement de 300 lux.

Un éclairage mal adapté procure immanquablement de l’inconfort, des fatigues oculaires, des maux de tête, des mauvaises postures…

Sans aller jusqu’à proposer des scénarios automatisés type HCL, Trilux s’intéresse également à la notion de HCL avec sa gamme de luminaires Belviso Active LED qui permet de faire varier la température de couleur.
Sans aller jusqu’à proposer des scénarios automatisés type HCL, Trilux s’intéresse également à la notion de HCL avec sa gamme de luminaires Belviso Active LED qui permet de faire varier la température de couleur.
Éclairage et bien-être

Ces chiffres laissent perplexes. D’autant plus que donneurs d’ordres, spécialistes de l’éclairage et de l’environnement de travail s’accordent à dire que l’éclairage joue un rôle prépondérant dans le bien-être au travail. Il est aujourd’hui admis que l’éclairage (artificiel et naturel) est une notion aussi fondamentale au confort des salariés que l’ergonomie d’un siège ou la qualité de l’acoustique. En open space, on considère l’éclairage comme un sujet aussi « sensible » entre collègues que le bruit et le chauffage. Un éclairage mal adapté, qu’il soit insuffisant ou au contraire trop lumineux, procure immanquablement de l’inconfort, des fatigues oculaires, des maux de tête et peut engendrer à terme, de mauvaises postures. Des maux « physiques » qui peuvent également se doubler de détresses psychologiques chez certains salariés. Virginie Capart, responsable marketing chez Durable (fabricant de la marque de lampes et lampadaires LED Luctra) le confirme : « lorsque nous intervenons en action corrective chez nos clients, nous venons vraiment soulager certains salariés. Je repense à une employée qui travaillait dans un bureau au rez-de-chaussée, éclairé principalement par une lumière naturelle zénithale. Le manque de lumière participait clairement à son mal-être professionnel ».

Uniformiser l’éclairage : fausse bonne idée

Comment en est-on arrivé à une situation si dégradée ? Parmi les éléments de réponse, de nombreux professionnels s’accordent à dire que l’éclairage artificiel est encore mal abordé par les maîtres d’œuvre, promoteurs voire même électriciens et/ou éclairagistes. Ces derniers cherchant naturellement à respecter la réglementation en vigueur mais sans s’interroger sur l’usage et les besoins réels des occupants. Résultat ? Les salariés n’ont plus forcément la maitrise de l’éclairage collectif et le subissent plus qu’ils ne le vivent. « Aujourd’hui, la norme NF prescrit un éclairage du poste de bureau à 500 lux pour du travail réalisé sur du papier et 300 lux pour du travail sur ordinateur. À défaut de connaitre le locataire ou le propriétaire du futur bâtiment, les techniciens installent une lumière collective unique de 500 lux », confirme Santiago Pardo, ergonome chez Humanscale. Difficile d’imaginer changer les mentalités, d’autant que lorsqu’un plateau de bureaux est livré, le promoteur ne connait presque jamais l’identité du locataire ou du propriétaire… « Sachons faire la différence entre les produits de premiers prix qui répondent à des fonctions « de base » et des modèles réellement ergonomiques, dont le prix public peut varier entre 250 et 300 € H.T», confirme Pascal Fernandes, directeur commercial chez Manade, fabricant de mobiliers de bureaux. « Actuellement, nous mettons en œuvre l’éclairage de manière mécanique et normé. C’est nécessaire mais cela met de côté nos besoins individuels », renchérit Frédéric Granotier, PDG de Lucibel. Au-delà de cette mise en œuvre « bancale » de la réglementation, d’autres facteurs influent négativement sur la qualité de l’éclairage comme le manque d’entretien des lampes ou encore la mise en œuvre de scénarii d’éclairage qui contreviennent au principe même d’un éclairage efficace, comme le révèle Santiago Pardo : « La source de lumière doit être située au-dessus de l’œil et l’usager doit pouvoir en maitriser l’intensité. Autant dire que des lampadaires sur pied ou attachés au bout d’un bench ne servent à rien, sinon à participer à l’esthétique du lieu ».

La lampe de bureaux est aujourd’hui l’un des éléments qui permet de palier la mauvaise qualité de l’éclairage collectif et d’individualiser les besoins des salariés. De gauche à droite, des modèles ergonomiques de Manade et Humanscale.
La lampe de bureaux est aujourd’hui l’un des éléments qui permet de palier la mauvaise qualité de l’éclairage collectif et d’individualiser les besoins des salariés. De gauche à droite, des modèles ergonomiques de Manade et Humanscale.
Des besoins spécifiques à chaque individu

Nous savons par ailleurs que chaque individu a besoin d’un niveau de lumière différent, qu’il soit artificiel ou naturel. Par exemple, « à 20 ans, on estime qu’un salarié a besoin d’un apport de 450 lux tandis qu’à 60 ans, le besoin avoisine les 1 500 lux », confirme Virgine Capart. Ajoutons à cela que chaque individu a une perception des couleurs qui lui est propre : certains préfèreront des températures de couleur procurant une lumière « froide ou blanche », tandis que d’autres seront plus à l’aise dans un environnement de travail aux teintes plus chaudes et orangées. Des perceptions qui varient également selon les pays et les climats. « On a remarqué que dans les pays chauds, notamment au Moyen-Orient, les salariés préfèrent travailler avec de la lumière artificielle blanche, naturellement diffusée par le soleil le matin, car elle est synonyme de fraicheur », ajoute cette dernière. Dès lors, on comprend bien que ce n’est pas en ajoutant plus d’éclairage sur un plafonnier que l’on règle les problèmes ! Mais alors, quelle méthodologie appliquée afin de prendre en compte toutes ces individualités ? Pour Nicolas Mangin, ingénieur auprès du bureau d’études en éclairage Genilum, la réponse tient dans cette formule : « il faut apprendre à éclairer une activité et non une pièce ». Pour se faire, le bureau d’études travaille dans un premier temps à créer une nappe de lumière collective. « L’idéal est également de prévoir des détecteurs de présence dans les parties communes pour économiser l’éclairage et d’intégrer des capteurs de lumière naturelle qui modulent automatiquement l’éclairage en fonction de la lumière naturelle. Enfin, il faut toujours garder en tête que le salarié doit pouvoir agir individuellement. Dans le cas d’un open space, on peut par exemple avoir des « clusters » qui permettent d’avoir une action individuelle sur l’éclairage au-dessus de soi », détaille Nicolas Mangin. Une méthodologie aujourd’hui possible grâce à la mise en œuvre des systèmes LED, une technologie qui devrait devenir de plus en plus ­accessible financièrement.

Les lampes individuelles restent un moyen très efficace de palier les situations d’inconfort et ce, sans forcément plomber la facture énergétique .

De l’intérêt de la lampe de bureau

Afin de personnaliser l’éclairage, certains spécialistes plaident pour l’intégration de lampes individuelles sur chaque bureau en complément de l’indispensable éclairage collectif. Des produits qui semblent revenir en grâce même si leur mise en œuvre n’est pas forcément simple à anticiper, dans la mesure où l’achat de lampes individuelles est traditionnellement intégré à l’enveloppe du lot mobilier, en aval du projet d’éclairage. « Le travail de l’ergonome est trop peu intégré à celui de l’architecte et de l’éclairagiste », regrette Santiago Pardo. Malgré cet état de fait, les lampes individuelles restent un moyen très efficace de palier les situations d’inconfort et ce, sans forcément plomber la facture énergétique : l’objectif étant de diminuer l’éclairage collectif au profit de l’individuel (avec un système LED idéalement). Mais attention toutefois à sélectionner des lampes réellement ergonomiques et non des produits uniquement design ! Pour être efficace, la lampe doit répondre à deux critères indispensables : être flexible (en permettant de déplacer la source de lumière) et avoir un niveau d’intensité de lumière réglable. Enfin, la source de lumière doit se situer sous le niveau des yeux. « Sachons faire la différence entre les premiers prix qui répondent à des fonctions de base et des modèles réellement ergonomiques, dont le prix public peut varier entre 250 et 300 € », confirme Pascal Fernandes.

Qu’il soit individuel chez Luctra (photo) ou collectif chez Lucibel, les fabricants s’intéressent de près à la notion d’éclairage circadien (ou HCL) comme vecteur de bien-être et de productivité au travail.
Qu’il soit individuel chez Luctra (photo) ou collectif chez Lucibel, les fabricants s’intéressent de près à la notion d’éclairage circadien (ou HCL) comme vecteur de bien-être et de productivité au travail.
L’éclairage circadien, la cerise sur le gâteau ?

Motivés par des études et travaux scientifiques, quelques fabricants de mobilier et d’éclairage commercialisent actuellement des produits d’éclairage LED innovants, visant à resynchroniser le salarié avec son rythme biologique naturel (le rythme circadien, en grande partie déterminé par la course du soleil). La promesse de ces fabricants ? Améliorer le bien-être du salarié tout en lui faisant gagner en productivité. « La lumière froide, celle du matin notamment, aura tendance à stimuler l’individu car elle coupe la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil. C’est le mécanisme inverse qui se produit dans l’organisme en présence de lumière chaude », confirme Virgine Capart. Ainsi, la société Durable commercialise depuis peu une gamme de lampes LED de bureau, baptisée Luctra, diffusant tout au long de la journée une température de couleurs et un niveau d’éclairement évolutifs et adaptés. Une technologie baptisée HCL (ou éclairage centré sur l’humain) qui ajuste la lumière soit de manière automatique via un scénario que le salarié règle sur une application de téléphone, soit manuellement via l’écran tactile de la lampe. À côté de cette solution d’éclairage individuel, on voit apparaitre des systèmes collectifs comme chez le fabricant Lucibel, qui vient de lancer son luminaire Cronos, qui varie en intensité et en température de couleur suivant un scenario programmé de façon autonome (d’une durée de 8 ou 10h). « Cette technologie intéresse nécessairement les espaces de bureaux, mais également les centres commerciaux, les hôpitaux ou encore les usines qui travaillent en 3×8 », avance Frédéric Granotier. Ces solutions ont-elles un réel intérêt en matière de productivité ? « Nous pensons que le HCL a un impact économique au sein des entreprises, notamment sur la performance des individus », avance la responsable marketing de Durable. Mais le lien n’est pas forcément encore établi. Chez Lucibel, des études sont en cours afin de mesurer l’impact d’un tel dispositif. Ainsi, 70 salariés du groupe Nexity sont actuellement suivis par une équipe médicale de l’Hôtel Dieu afin de déterminer si l’implantation de ces luminaires dans les locaux a eu une incidence sur leur productivité. Résultats attendus pour février prochain !

La technologie LED est la dernière révolution en date en matière d’éclairage. Une technologie qui reste plus coûteuse à l’achat, mais qui permet à terme de réduire sa facture énergétique de près de 50% et ce, avec des produits à la durée de vie exemplaire (entre 30 et 50 000 heures).

Si les lampes et systèmes LED ne représenteraient aujourd’hui que de 10 % des installations contre 82 % pour l’éclairage fluorescent, le rapport de force devrait progressivement basculer en faveur de la LED grâce à la baisse des prix à l’achat et à la nouvelle réglementation en vigueur à partir de janvier prochain (cf p.28).

Ceci étant dit, il s’agit de rester vigilant sur l’installation de ces systèmes, qui peuvent s’avérer extrêmement éblouissants en cas de mauvais réglage. « Cette technologie nécessite de bien mettre en œuvre les fondamentaux de l’éclairage car elle ne se travaille pas de la même manière que le fluorescent. Il faut donc bien prendre en compte le risque d’éblouissement et la question de l’uniformité de la lumière », avance Nicolas Mangin, ingénieur auprès du bureau d’études en éclairage Genilum. De plus, il est indispensable de sélectionner des produits qualitatifs. « On retrouve sur le marché des produits entrée de gamme qui présentent des caractéristiques photométriques et mécaniques qui ne suffisent pas à la sécurité de l’utilisateur final », met en garde ce dernier.

Article en lien