La signature électronique gagne du terrain

Depuis l’entrée en vigueur du Règlement eIDAS uniformisant les standards au niveau européen, la signature électronique séduit un nombre croissant d’entreprises.

Attention, révolution silencieuse. Plus rapide, plus économique, aussi fiable, voire davantage, que sur papier, la signature électronique, qui permet de conclure une transaction sans se déplacer, via mobile, tablette ou ordinateur, est en train de transformer les usages en entreprise. Face à une signature manuelle qui nécessite souvent plusieurs heures ou jours pour être finalisée (impression, scan, envois postaux, archivage physique…), la simplicité et l’efficacité de son alter ego numérique offrent des avantages d’autant plus grands qu’ils sont encadrés depuis deux ans par le Règlement eIDAS, uniformisant les standards d’utilisation dans tous les pays membres de l’Union européenne.

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La signature électronique s’attire les faveurs de tous les secteurs

« Aujourd’hui, la validité juridique de la signature électronique ne fait plus débat, se félicite Béatrice Piquer, directrice des ventes et du marketing chez Certigna, marque commerciale de Dhimyotis (groupe Tessi). Les offres sont suffisamment abouties pour être utilisées rapidement. Les entreprises se digitalisent vite, elles ont conscience des avantages de gains de temps et d’économies postales. » La signature électronique n’est donc plus affaire de précurseurs, tels que l’ont été les banques et les assurances ; elle séduit désormais les acteurs de tous les secteurs de l’économie. « Nos principaux axes de développement sont les départements achat/vente des entreprises qui ont besoin de signer rapidement un grand nombre de contrats (devis, factures…), indique Lorenzo Stranges, directeur marketing EMEA chez Docusign, le leader du marché. Les ressources humaines (recrutement de collaborateurs, signatures d’avenants…) et les services financiers sont aussi de plus en plus demandeurs. » Passer à la signature électronique, c’est accepter d’industrialiser ses processus et, théoriquement, éviter le piège de conserver un système de souscription hybride (papier pour certains contrats, numérique pour d’autres). En pratique cependant, les entreprises intégralement passées à la signature électronique sont encore très peu nombreuses. Les acteurs du marché, qu’ils soient des généralistes de la digitalisation (Docusign, Docapost, Oodrive, Tessi…) ou des pure player de la signature électronique (Yousign, Univer-sign…), s’efforcent de répondre aux attentes, variées, des entreprises.

Différents niveaux de sécurité

Sur un marché en très forte croissance, c’est le niveau de signature simple (le moins exigeant en termes de sécurité) qui suscite la demande la plus importante. « C’est là que se situe le mass market », confirme François Chas-sery, directeur général de CertiNomis, marque de Docapost (groupe La Poste). La signature simple, parce qu’elle peut être obtenue via un simple texto de validation, permet de traiter d’importants flux de documents peu sensibles juridiquement. Pour des transactions plus engageantes, ou quand la loi impose un formalisme plus important, les niveaux avancé ou qualifié s’imposent. Alors que pour le niveau simple, le souscripteur coche une case en ligne et reçoit un SMS de confirmation, pour le niveau avancé, le souscripteur devra télécharger une pièce d’identité. Et pour le niveau qualifié, il se verra remettre en mains propres un certificat d’identité électronique d’une durée limitée dans le temps.« Un courtier en assurance-vie a besoin d’un niveau de sécurité plus élevé pour se prémunir de tout risque de contestation, illustre Cédric Mermilliod, co-fondateur et directeur général d’Oodrive, présent sur le marché via CertEurope, tiers de confiance* qu’il a racheté en 2012. De la même manière, les cinémas UGC utilisent le niveau avancé de signature électronique pour leur carte en ligne illimitée car ils doivent s’assurer que leurs clients ont bien l’âge de voir certains films diffusés en salle.» Si les PME/PMI sont davantage sensibles aux offres packagées clé en main, les grands comptes privilégient les parcours de souscription modulables. Le plus souvent, la différence se fait sur la simplicité d’intégration dans les outils utilisés par l’entreprise cliente, en particulier les CRM.

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Signature électronique et conservation de documents numériques

Autre axe de développement, le secteur de l’archivage électronique. Quand ils n’ont pas cassé leur tirelire pour s’offrir un tiers de confiance, certains acteurs de la signature électronique nouent des partenariats avec des spécialistes pour investir ce marché. C’est le cas de Locarchives, qui collabore depuis 18 mois avec Yousign : « La signature électronique fait partie des éléments indispensables dans le processus de l’archivage électronique, nous avions besoin de l’intégrer à notre offre », décrypte Emmanuel Faure, directeur marketing chez Locarchives. D’autres acteurs, à l’instar d’Universign, en plus de la signature électronique stricto sensu, se positionnent sur la conservation de documents numériques. « Le coût de la conservation est moins élevé que l’archivage, assure Christian Dayaux, directeur commercial chez Universign. Surtout, il est aussi plus performant et il sera bientôt qualifié par l’eIDAS. » Au final, le principal adversaire de la signature électronique semble être la résistance au changement. « On se rend compte d’une méconnaissance encore élevée des enjeux de la dématérialisation, convient Éric Chevalier, directeur général de Yousign. Mais quand les entreprises s’y essaient, elles n’en voient plus que les avantages et se demandent pourquoi elles n’ont pas essayé plus tôt. On est encore en phase d’évangélisation, mais tout va très vite. D’ici quelques années, les usages auront complètement changé. »

Charles Knappek

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