Le sentiment d’isolement : le fléau moderne des entreprises

solitude entreprise

Renforcée par l’usage d’outils numériques croissants en entreprise, la solitude éprouvée par certains salariés impacte sur leur bien-être et leur productivité. Dévoilé ce matin, le baromètre Paris Workplace fait un zoom sur ce sentiment qui se propage dans le milieu professionnel.

« L’isolement semble avoir contaminé le monde de l’entreprise », constate gravement Frédéric Dabi, directeur adjoint en charge du département opinion de l’Ifop. C’est un fait : le développement des nouvelles technologies et des outils de collaboration digitaux réduisent le nombre d’interactions directes entre les salariés. La Société Foncière Lyonnaise (SFL), spécialisée dans l’immobilier foncier à Paris, publie aujourd’hui les résultats du sixième baromètre Paris Workplace, réalisé en partenariat avec l’Ifop. Cette édition fait la lumière sur « le mal du siècle » comme le décrit l’enquête : l’isolement. Plus stressés, moins heureux au travail, moins performants et plus aussi fidèles à leurs entreprise, 26 % des salariés se sentent souvent isolés.

« Rien ne remplace le lien physique »

Première cause évoquée : la connectivité grandissante des collaborateurs. « Les moyens de communication n’ont jamais été aussi développés en entreprise », précise l’étude. Les échanges se font par mail, par téléphone ou par intranet : en somme, même si les salariés ne sont presque jamais physiquement seuls dans les locaux de l’entreprise ( les open spaces et les bureaux partagés rassemblent 82% des travailleurs ), cela ne les empêche pas de manquer d’interactions directes et donc de se sentir isolé. « Rien ne remplace le lien physique, soutient Dimitri Boulte, le directeur général délégué de la SFL. Le bureau ne se résume pas à de simples planches. Ce n’est plus uniquement un lieu de travail mais aussi d’échange et de lien social.»

Le sentiment d’isolement entrave l’engagement

Ce sentiment d’isolement peut avoir impact important sur l’équilibre psychologique d’un employé. Parmi ceux régulièrement affectés par la solitude, 49% ne se sentent pas soutenus par leur hiérarchie en cas de difficulté. C’est deux fois plus que pour les salariés non concernés. En conséquence, ils ne souhaitent pas s’engager à long terme avec leur employeur et 70% d’entre eux pensent qu’ils l’auront quitté dans les cinq années à venir. Ils sont aussi plus nombreux à être en conflit avec leurs managers et leurs collègues, ce qui contribue à installer un climat de tensions au sein de l’entreprise. Un phénomène de repli identifié par Frédéric Dabi comme une conséquence logique de l’isolement qui a « un double effet sur les collaborateurs. Cela affecte leur niveau de performance et leur sociabilité. De ce fait, il se projettent de manière beaucoup plus malaisée dans l’entreprise.»

Les échanges physiques : la solution miracle

Pour y remédier, une seule solution : rétablir les échanges physiques. En effet, un salarié qui échange quotidiennement par mail avec dix collègues a autant de risque de souffrir d’isolement qu’un collaborateur qui communique directement avec moins de trois personnes. Au contraire, lorsqu’un collaborateur parle à plus de trois personnes en face à face dans une journée, la probabilité qu’il se sente « souvent isolé » est divisée par deux. Les résultats du baromètre vont dans ce sens : la relation physique est le contact plébiscité par 77 % des sondés, bien devant les mails (13 %) et le téléphone (10 %). Avoir des salariés heureux demanderait alors de résister à la généralisation des messageries internes et externes de type Slack ou Skype Entreprise. Bien qu’elles obéissent à une logique d’efficacité opérationnelle, elles seraient sans aucun effet sur la qualité des relations entre collègues.  En résumé, comme l’affirme Frédéric Dabi, « pour être bien dans son travail, il faut se voir en vrai ».

Article en lien