Les revêtements de sol dessinent les espaces

Les aménageurs n’hésitent plus à casser les codes en signifiant les espaces informels avec des visuels très osés et originaux. Balsan a ainsi reproduit sur la moquette une peinture du Douanier Rousseau pour la salle de détente de l’entreprise I Lov’it Worklabs, à Marseille, afin de créer un contraste fort avec l’espace de travail contigu.
Les aménageurs n’hésitent plus à casser les codes en signifiant les espaces informels avec des visuels très osés et originaux. Balsan a ainsi reproduit sur la moquette une peinture du Douanier Rousseau pour la salle de détente de l’entreprise I Lov’it Worklabs, à Marseille, afin de créer un contraste fort avec l’espace de travail contigu.

Couleurs, motifs, matière… Les revêtements sont désormais fortement mis à contribution pour animer et dynamiser l’environnement de travail. Ils deviennent des outils pour créer des repères et organiser les espaces.


Aujourd’hui, la majorité des immeubles de bureaux est conçue pour s’adapter à une organisation spatiale ouverte. Toutefois, l’heure n’est plus, comme au début des open spaces, à de grands plateaux sans âme où s’entassent des dizaines de salariés. Les entreprises comme les professionnels de l’aménagement semblent avoir tiré les leçons des erreurs du passé. Bruit, stress, fatigue physique et psychique… Ce type d’aménagements, poussé à l’extrême, a montré ses limites dans un contexte où les risques psycho-sociaux sont désormais pris en compte et où l’environnement de travail est reconnu comme un levier majeur de bien-être des salariés.
Par ailleurs, les modes de travail ont évolué. Les employés souhaitent de plus en plus avoir le choix de leur espace de travail, en fonction de leurs besoins et de leurs tâches à effectuer. Ils ne se déplacent plus sans leur téléphone et ne quittent que rarement leur ordinateur, pouvant ainsi travailler de n’importe où.

Multiplication des espaces

Ainsi, la tendance est à la fragmentation des plateaux, majoritairement ouverts. Et à la multiplication des typologies d’espaces. Fini les aménagements bureaux/salle de réunion. Les zones sont désormais variées et différenciées. Les bureaux paysagers traditionnels sont associés à des lieux d’échanges informels ou de travail individuel, des salles de réunion de toutes tailles, des zones de détentes, des coins cafétéria, des cabines

téléphoniques, des boxes pour travailler à deux ou à trois… Ces différentes zones devant être identifiables rapidement. Alors pour structurer l’espace sans cloisonner, la délimitation par le sol s’impose comme la solution adéquate. Permettant au passage d’agrandir le plateau et de le relooker de manière originale. Toutes les combinaisons sont possibles, à condition de convenablement associer couleurs et matières.

Un calepinage par zone

« Il y a désormais une plus grande recherche pour marquer les zones de manière différenciée, notamment via les sols et les murs », abonde Alexandra Villegas, de Studios Architecture. Les revêtements de sols participent ainsi à signifier les espaces grâce à des calepinages spécifiques, c’est-à-dire des combinaisons de teintes, de collections ou mêmes de matériaux différents créant une séparation visuelle entre les circulations, les services ou les espaces formels et informels. La décoration se transforme progressivement, prenant parfois le rôle de la signalétique. Très en vogue par exemple, des couleurs spécifiques au sol entre les bureaux et les circulations ou encore l’alternance de matériaux pour différencier l’espace de travail de celui de la cafétéria.

Il y a désormais une plus grande recherche pour marquer les zones de manière différenciée.

Donner des repères

« Utiliser les sols pour indiquer le cheminement devient courant. Il faut désormais développer cette pratique pour différencier les espaces, au-delà des simples circulations », estime Élisabeth Pélegrin-Genel, architecte et psychologue du travail. Au sein d’aménagements parfois très standardisés, les sols et les murs peuvent ainsi participer à la délimitation de territoires d’équipes et de lieux référencés pour que l’on sache que tels collaborateurs appartient à l’équipe X, très différentes de l’équipe Y qui est juste à côté et dont la configuration est en tout point identique… Et face à la multiplication des espaces, les aménageurs jouent de plus en plus la carte d’aménagements aux caractères marqués afin d’apporter quelques repères aux collaborateurs. Cassant les conventions, ils multiplient les recours au code d’univers jusqu’ici étrangers au bureau (l’habitat, l’hôtellerie, la restauration…). « Petit à petit les cafés doivent remplacer les machines à boissons, les accueils ressemblent plus à des lobbies d’hôtel qu’à des halls traditionnels et le coin micro-onde à de véritables cuisines équipées », note Alexandra Villegas. Et les revêtements accompagnent cette tendance. On voit ainsi arriver de tout nouveaux matériaux dans les salles de créativité, de bulle de concentration et autres espaces de restauration. Cuir, moquettes, tissus… tout est désormais permis ! À condition bien sûr de ne pas faire de l’esthétisme le seul critère de choix et de s’assurer que les critères habituels des environnements de travail en termes de budget, de respect de l’environnement, de durabilité, de facilité d’entretien ou encore de performance acoustique soient respectés !


AVIS D’EXPERT
Associer esthétisme, confort et contrainte technique
Lucie Bodin
Lucie Bodin Responsable du Studio Mobilitis.

Aujourd’hui, toutes les entreprises parlent de bien-être au travail et essayent d’être les plus attractives possibles : cela passe notamment par les aménagements.
Une tendance est de s’éloigner des codes du tertiaire et de s’approprier ceux de la maison, des espaces culturels… La difficulté réside dans le fait de préconiser des matériaux répondant aux contraintes techniques du tertiaire tout en cassant les codes. Le plus souvent, les espaces de bureaux sont équipés de planchers techniques et de cloisons modulaires, les aménagements doivent pouvoir évoluer rapidement. Nous sommes en permanence à la recherche de matériaux qui soient authentiques, les plus naturels possibles, qui apportent une ambiance différenciante mais qui soient adaptés aux standards du tertiaire. Si nous posons du PVC par exemple, les dalles doivent impérativement être plombantes afin de pouvoir accéder aux planchers. Cela exclut d’office la majorité des gammes de PVC.
Autre point particulier, les projets types HQE et Breeam, qui rendent le travail de sélection des matériaux encore plus pointu : au-delà de l’esthétique, le choix des produits se fait en fonction de leur composition, de leur recyclabilité ou de leur réflectance. Certains clients vont plus loin et exigent des matériaux totalement écologiques et éco-responsables. Cela réduit les champs de sélection. Pour les sols PVC, par exemple, nous nous tournons plutôt vers le caoutchouc ou le linoléum.

SÉLECTION
 

1. Amtico

La diversité des matériaux joue sur l’ambiance. Le bureau de tendance et design londonien DLA Design joue sur la tendance de l’alternace de matériaux avec deux produits Amtico : la moquette Amtico Carpet côté bureaux et la collection de LVT Signature, très décorative, pour le showroom et la réception.


 

2. Interface

Le calepinage des sols permet non seulement d’identifier rapidement la fonction des espaces mais apporte aussi de la matière et du style. Ainsi, la moquette Interface posée dans une des zones de détente et d’échanges informels du siège social de Bardon, à Rennes, prend l’aspect d’une pelouse, rappelant le thème végétal donné à l’espace.


 

3. Milliken

Dans les espaces décloisonnés, il est dorénavant très fréquent de marquer les circulations. Milliken a habillé 1 300 m2 de bureaux avec deux références de la collection Dissident. Du gris foncé permet de démarquer les circulations. Couleur qui se dégrade en gris clair dans les zones de bureaux.


4. Modulyss

Chez BPO Office, en Inde, les services, aménagés à l’identique, sont différenciés grâce aux couleurs distinctes des dalles de moquettes de la gamme Fashion de Modulyss. Les circulations sont habillées avec la collection Alpha, beaucoup plus neutre.


5. Tarkett

Pour l’aménagement de ces bureaux, dans la tour Initial de la Défense, Tarkett a créé des transitions pour délimiter les salles de réunion.
La moquette Air Master de Desso marque l’emplacement des tables de réunions tandis que le reste de la pièce est équipé de la gamme de LVT de Tarkett iD Inspiration.


6. Interface

Les matières se mélangent pour dessiner les espaces. À la cafétéria de Galéo, le siège social de Bouygues immobilier, à Issy-les-Moulineaux, la moquette Touch of Timber d’Interface et leur nouvelle offre de LVT sont juxtaposées. De quoi animer l’espace tout en marquant spécifiquement la zone du comptoir.

Julie Poitier-Canet

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