Téléphonie sur IP : êtes-vous prêt?

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Sur le marché déjà mouvant de la téléphonie d’entreprise, la fermeture programmée des lignes fixes traditionnelles à partir de 2023 favorise l’émergence d’offres alternatives.

Il va falloir changer, et il va falloir changer vite. Alors qu’on estime à 70% la part des entreprises qui utilisent encore le réseau téléphonique commuté (RTC), l’obligation d’ici fin 2023 de migrer progressivement vers la téléphonie IP, devenue standard mondial, qui fonctionne avec une connexion Internet, va rebattre les cartes d’un marché toujours largement dominé par l’opérateur historique Orange. Première  coche dans le calendrier, le 15 novembre 2018, a vu l’arrêt de la commercialisation des ouvertures de lignes analogiques sur le RTC (les lignes numériques peuvent encore être ouvertes jusqu’au 15 novembre 2019). Toute nouvelle ouverture doit, désormais, nécessairement utiliser la technologie IP. Les entreprises qui ne l’ont pas encore fait ont quatre ans pour adapter leur système.

Potentiel énorme

Pour les opérateurs, petits ou gros, le marché est énorme: alors que les particuliers sont déjà massivement passés à la VoIP selon l’Arcep, il y avait 27 millions de clients sous IP, tous opérateurs confondus, fin 2016, les entreprises sont majoritairement restées fidèles au RTC, longtemps réputé plus fiable au-delà d’un certain volume de communications. La récente généralisation de la fibre, qui a permis d’augmenter les débits, a changé la donne et ouvert les perspectives: il existe encore 12millions de lignes RTC à convertir et/ou à capter dans les quatre ans à venir. En première ligne, Orange (environ 75% du marché à lui tout seul), SFR et Bouygues Telecom défendent leurs positions et déploient leur offre, sans négliger de faire quelques acquisitions stratégiques. Derrière, plusieurs opérateurs alternatifs comptent eux aussi profiter de l’effet d’aubaine. Ils s’appellent Coriolis, Keyyo, Senso Telecom, Foliateam, Napsis, OVH Telecom, A6 Telecom ou encore Open IP. Beaucoup parient sur un standard hébergé dans le cloud, même si le maintien d’un autocommutateur sur site ou le recours à une solution Centrex (l’infrastructure est hébergée chez un prestataire) continuent de faire des adeptes.

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Offres calibrées

Le tout-en-un est dans l’air du temps, mais il convient surtout d’adapter l’offre aux besoins de chacun, rappelle François Richard, directeur stratégie chez Coriolis, l’un des plus importants opérateurs télécom alternatifs, avec 60 000 entreprises clientes et 200 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel : «L’audit des clients permet de déterminer l’éligibilité à tel ou tel réseau et le dimensionnement du service qui sera mis en place pour garantir une bonne qualité de service. Un client va choisir l’IP en fonction de son historique, de sa taille et de ses besoins spécifiques.Les entreprises qui optent pour le Centrex sont plutôt des TPE/PME, avec une moyenne de 15/20 postes. C’est aussi apprécié pour les multisites, on peut ajouter un poste très facilement dans l’interface de gestion. En revanche, le trunk SIP convient aux plus grandes entreprises, dotées d’un service télécom et parfois à la recherche de fonctionnalités qui demandent des paramétrages sur-mesure.»

Par ailleurs, les entreprises ne doivent pas oublier que le passage à la VoIP ne concerne pas uniquement la téléphonie. «Elles doivent avoir en tête qu’au moment de changer leur système, tout va passer par Internet : le transfert de données, la téléphonie, les connexions avec la Poste, les affranchisseuses, la télésurveillance ou encore les alarmes des cabines d’ascenseur rappelle pour sa part Silvère Baudouin, directeur général adjoint chez Keyyo. Il faut être compatible avec du très haut débit. Typiquement, un réseau Giga me semble être la nouvelle norme qui s’impose pour utiliser toutes les fonctionnalités d’Internet.» Opérateur de téléphonie et Internet spécialisé dans les PME/TPE, Keyyo propose différents packages et des solutions personnalisées. L’entreprise revendique 14 000 clients et un chiffre d’affaires en progression de 30% par an; elle vient d’être rachetée à 43,6% par Bouygues Telecom et va en devenir, à terme, une filiale indépendante tout en conservant sa marque propre. Keyyo n’est pas le seul acteur à tomber dans l’escarcelle de Bouygues: l’opérateur est actuellement en négociations exclusives avec Nerim, également spécialiste des télécoms pour PME.

Bruneau table sur sa base clients

D’autres acteurs profitent du contexte pour se lancer sur le marché. C’est le cas de Bruneau, bien connu des acheteurs de fournitures de bureau, qui a lancé en septembre dernier son offre Bruneau Solution Telecom. Une diversification jugée nécessaire par la marque, engagée dans une stratégie «omniservices». Bruneau prospecte en priorité parmi ses 200000 clients: « Nous sommes une entreprise de vente à distance qui a réussi son virage vers le e-commerce tout en maintenant une relation de proximité avec ses clients, décrypte Éric Thomas, responsable de Bruneau Solution Telecom. Nous sommes partis du constat que les télécoms sont un domaine technique historiquement géré par des techniciens, et que ces techniciens ne comprennent pas toujours les besoins de leurs clients.

De plus, une TPE qui appelle un opérateur de télécoms se retrouve souvent dans la même situation qu’un particulier qui appelle son opérateur. Avec notre solution, nous proposons un service individualisé et surtout, les clients savent à qui ils ont affaire.» Pour la partie réseau, Bruneau fait appel à Keyyo, en marque blanche, qui lui-même utilise les réseaux des principaux opérateurs français (Orange, SFR, Kosc, Altitude, Covage…). Au final, le choix est vaste pour les entreprises… qui restent encore largement attentistes sur le sujet. Malgré la fin de l’ouverture de nouvelles lignes sur le RTC, celui-ci constitue toujours un relais de croissance pour les opérateurs. «On peut continuer de conquérir des clients en RTC, analogique ou numérique, s’il s’agit d’une reprise de ligne, sans création de nouvel accès, confirme François Richard, chez Coriolis. Beaucoup de clients n’ont pas encore amorti leurs équipements PABX, ils attendent donc avant de passer à l’IP. On observe néan-moins une croissance forte de la téléphonie sur IP chez Coriolis.» On l’aura compris, si le RTC a encore quelques belles années devant lui, ses jours sont comptés.

Charles Knappek

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