Défaire les idées reçues sur l’ergonomie en entreprise

Essentielle au bien-être du collaborateur, l’ergonomie reste toutefois une notion floue pour nombre d’entreprises et sujet à de nombreuses idées reçues notamment de la part des employeurs. Yannick Benet, ostéopathe, ergonome et directeur de Neo Forma, éclaircit cinq préjugés qui reviennent régulièrement dans le milieu professionnel.

« L’ergonomie c’est cher. »

Il est vrai que tous les tarifs sont présents sur le marché, variant en fonction des marques, des matériaux et des réglages possibles. Mais selon le directeur de l’organisme de formation gestes et postures Neo Forma,Yannick Benet, les prix du secteur ont nettement diminué ces dernières années. « Un siège qui était auparavant vendu entre 700 et 1 000 €, nous le retrouvons aujourd’hui à 400 €, avance-t-il. Et ce phénomène ne s’est pas limité aux assises : les bureaux assis debout affichés à 1 500 € sont disponibles à présent autour de 500 €. Avant, l’ergonomie était réservée aux cas de handicaps en entreprise, donc les fabricants ne produisaient pas en volume. La généralisation de cette notion a contribué à baisser les tarifs. » Il est aussi possible de diminuer son investissement en choisissant les fonctions du mobilier selon les besoins de l’utilisateur : en flex office, mieux vaut privilégier un siège qui s’adapte tout seul à la morphologie du travailleur plutôt qu’un modèle aux multiples réglages. D’ailleurs, rien ne sert de renouveler régulièrement ses sièges de bureau : le conserver 15 ou 20 ans n’a rien d’anormal. Enfin, pour les plus petits budgets, investir dans des accessoires ergonomiques peut être une solution adaptée. Une fois que les réglages du siège
ont été vérifiés (ils sont souvent la cause d’un inconfort), un bras d’écran, une souris verticale ou encore un repose-poignet peuvent améliorer la position du salarié.

« L’ergonomie c’est uniquement pour les collaborateurs qui ont mal. »

De nombreuses entreprises font appel à un ergonome lorsqu’un salarié présente une pathologie. Mais l’ergonomie est avant tout préventive. « Je le constate lorsque je me rends chez nos clients afin de régler les sièges et de former les collaborateurs, témoigne Yannick Benet. Certains salariés nous disent que ce n’est pas la peine que nous vérifions leurs postes puisqu’ils n’ont pas mal. Or, la génération Y qui est aujourd’hui très présente dans les bureaux est une des plus
concernées par l’ergonomie. C’est la première qui passera sa vie professionnelle et personnelle sur des écrans. » L’ordinateur portable et le smartphone constituent, en effet, une vraie problématique en matière de posture. Habitués à baisser la tête pour regarder leur écran, les Millennials sont touchés de plus en
plus tôt par les cervicalgies ou voient se former une bosse en haut de leur dos. Une souris et un clavier déporté ainsi qu’une plateforme ou un bras pour surélever leur regard sont plus que jamais nécessaires.

« L’ergonomie, ce n’est que dans les bureaux. »

La mobilité des travailleurs grandissant, l’ergonomie ne se limite plus aujourd’hui aux locaux de l’entreprise. Tiers lieux, coworking, home office… les collaborateurs travaillent de tous lieux disposant d’une connexion. Certains employeurs l’ont bien compris et font appel à des ergonomes pour dispenser des formations dédiées au télétravail, tandis que d’autres favorisent l’activité physique de leurs salariés en souscrivant à des offres de sport en entreprise. Pour les budgets plus limités, offrir des kits ‘‘home office’’ à ses salariés peut être une solution. « Ils sont composés d’accessoires afin de mieux équiper son espace de travail hors du bureau, détaille l’ergonome. Supports d’ordinateurs portables, tapis de souris repose-poignet, repose-pieds… ils sont d’autant plus utiles que beaucoup de collaborateurs travaillent de chez eux une à deux fois par semaine. »

«L’ergonomie, c’est avoir une bonne posture. »

« Beaucoup pensent que le principal problème du travail sur écran est notre posture, mais en fait c’est l’inactivité, dénonce Yannick Benet. Les muscles ne bougent pas et donc le sang ne circule pas. » Une seule solution pour enrayer ce problème : rendre le mobilier dynamique grâce à un bureau assis debout, un repose-pied non statique, un bras articulé pour bouger l’écran… Varier de position au maximum toutes les deux heures est essentiel.

« L’ergonomie soulage toutes les douleurs. »

Loin d’être un remède miracle, l’ergonomie s’applique avant tout en prévention de troubles musculo-squelettiques. Seule, elle ne suffit pas à garantir la bonne santé des salariés. Manger sain, pratiquer une activité sportive ou encore s’hydrater correctement dans sa vie personnelle contribuent au bien être des collaborateurs. Une théorie soutenue par le directeur de Neo Forma : « En ergonomie, le matériel et l’organisationnel ne suffisent pas, indique-t-il. Il y a une partie ‘‘apprentissage et hygiène de vie’’ très importante.» Bruit, luminosité, stress, température… tous ces facteurs impactent notre santé physique, mais aussi mentale et vont bien au-delà du seul espace de travail. « On a attend beaucoup de l’entreprise, mais on a aussi notre propre part de responsabilité », avoue Yannick Benet.

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