Interdire l’accès aux mails en dehors des horaires de travail, est-ce efficace ?

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©stefanspassov

Restreindre l’accès des collaborateurs à leur boîte mail professionnelle serait-ce la solution idéale pour garantir un meilleur équilibre vie pro / vie perso ? Selon les chercheurs de l’université du Sussex, instaurer ce dispositif serait à double tranchant.

Malgré le droit à la déconnexion mis en place depuis le 1er janvier 2017, la moitié des femmes et un tiers des hommes se connectent avec leurs outils numériques professionnels les soirs et le week-end, selon une étude réalisée par Opinionway en 2019. Il est vrai que les objets connectés, de plus en plus nombreux au bureau et à la maison, ne facilitent pas la tâche aux salariés. Selon le cabinet IoT analytics, 7 milliards d’objets connectés étaient service en 2018 et plus de 21,5 milliards le seront, dans le monde, en 2025. Les mails franchissent ainsi sans aucune difficulté le pont entre vie professionnelle et vie personnelle et font retentir la sonnerie d’un smartphone en plein milieu d’un dîner entre amis ou lors d’une balade dominicale en famille. Interdire aux collaborateurs l’accès à leurs mails pendant leur temps de repos serait-ce la solution ? C’est le parti pris de la filière belge de l’enseigne de distribution Lidl et du constructeur automobile Volkswagen dont, les serveurs ne sont plus accessibles en dehors des horaires de travail.

Une charge de travail adaptée pour une déconnexion respectée

Une bonne idée sur le papier qui dans les faits devient un peu plus complexe. Une étude menée par des chercheurs de l’université britannique du Sussex et publiée en octobre dans la revue universitaire Computers in Human Behavior, a analysé les pratiques numériques des collaborateurs lorsque l’employeur leur interdisait l’accès à leur boîte mail professionnelle. Les résultats provoquent, pour certains salariés, l’effet inverse de celui escompté. Ceux présentant « un niveau élevé d’anxiété et de névrotisme » subiraient cette restriction comme un facteur de stress aggravant. Ils auraient le sentiment de perdre le contrôle face à des mails non-traités qui s’accumuleraient. Les chercheurs recommandent plutôt d’adapter les mesures de déconnexion au profil des salariés, afin que chacun ait le sentiment de gérer sa charge de travail comme il le souhaite. Encore faut il que cette dernière soit acceptable : une charge de travail trop importante constitueraitt la première raison de la connexion des salariés en dehors de leur temps de travail.

Le 27 octobre dernier, l’OMS a classé la France comme le troisième pays recensant le plus grand nombre de dépression liées au travail. Un salarié sur cinq serait concerné et dénoncerait, comme facteur le plus impactant, le déséquilibre entre vie privée et vie professionnelle.

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